Encore faut-il savoir cuisiner…

par silenceonmange

Une Vie tranquille, Claudio Cupellini (2011) et Les Conséquences de l’amour, Paolo Sorrentino (2005)

Vous l’avez bien compris depuis le temps, un film ça se fait à partir d’ingrédients. Comme en cuisine, les ingrédients sont la base essentielle, le point de départ, mais ce ne sont pas eux qui déterminent la qualité du plat, ni qui le définissent entièrement. J’en prend pour preuve l’émission Top Chef (eh ouais) dans laquelle à partir d’un panier commun, les candidats doivent créer une recette, et vous pouvez être sûrs qu’il y a à chaque fois autant de recettes différentes que de candidats. Au cinéma c’est pareil. Quand on fait un remake d’un film, on obtient deux films différents. Ou deux films avec les mêmes acteurs peuvent être totalement différents.

Rosario le barbu ...

Pourquoi je vous parle de ça me direz-vous ? Excellente question vous répondrai-je. C’est parce que mercredi est sorti en salle Une Vie tranquille, un film italien avec Toni Servillo, concocté par Claudio Cupellini, avec un un grand nombre d’ingrédients déjà utilisés par Paolo Sorrentino dans Les Conséquences de l’amour (sorti en 2005). En effet, les deux films relatent des histoire de mafia (1) qui se passent à l’étranger (2) dans lesquelles se retrouvent mélées des histoires personnelles (3) tournant autour du milieu de l’hôtellerie (4) et surtout mettant en scène le grand acteur napolitain Toni Servillo (5). Autant d’ingrédients aussi savoureux dans un film que dans l’autre, bien qu’ils ne se ressemblent pas du tout. D’autant plus que Une Vie tranquille a été écrit en même temps que Les Conséquences de l’amour, même si il sort bien après. Il n’est pas question de parler de copiage donc, c’est plutôt l’idée que les deux réalisateurs sont allés au même marché, on visité les mêmes stands mais proposent finalement des menus différents.

... et Titta le lunettu

Dans les deux films, Toni Servillo joue des hommes qui ont servi la Camorra et qui l’ont déçue. Tous les deux risquent la mort à chaque coin de rue et mènent donc des vies discrètes. « Une vie tranquille » c’est aussi bien celle de Rosario Russo (Une vie tranquille) que de Titta di Girolamo (Les Conséquences de l’amour). La différence, et elle n’est pas des moindres, c’est que la vie tranquille de Rosario lui sert à se cacher, c’est une accalmie dans une vie en fuite. Celle de Titta en revanche est une façade, un masque, puisqu’il est toujours lié à la Camorra et expatrié seulement par punition. Le calme avant la tempête d’une part, le bouillonnement sous une surface lisse de l’autre.

Un autre ingrédient commun est inévitablement le suspens, l’angoisse, la violence. Encore une fois, le traitement est très différent d’un film à l’autre. Dans Les Conséquence de l’amour, le suspens vient d’une absence d’information, qui est cet homme ? Que fait-il dans cet hôtel ? Pourquoi vit-il si loin de sa famille ? Les réponses sont apportées au compte-goutte, mais une ambiance de mensonge règne dès le début, Le jeu de Toni Servillo y est pour beaucoup, son visage est impassible, comme un masque servant à cacher la vérité. Il se tient constamment à distance, par le physique et par la parole. En Rosario en revanche, il joue l’homme qui joue le parfait italien. Bon vivant, drôle, enjoué, il cherche avant tout à paraître normal. Le suspens et la tension vont venir d’autres personnages, louches qui en apparaissant dans la vie de Rosario vont faire naître des fissures dans la façade de normalité qu’il avait réussi à se construire.

Bonjour monsieur le pistolet !

D’un point de vue esthétique, les deux films ne pourraient être plus différents. Certes, tous deux jouent sur des couleurs sombres, froides, des gris, des noirs. C’est aussi lié aux pays où les histoires se déroulent, l’Allemagne et la Suisse ne sont pas réputée pour leur ambiance chaleureuse. Mais le montage des Conséquences de l’amour est bien plus mécanique, plus lent aussi que celui d’Une Vie tranquille qui repose sur des rythmes narratifs plus classiques. Le film de Paolo Sorrentino joue sur la géométrie, les lignes droites, la symétrie, les reflets et une déshumanisation des corps avec un jeu très désincarné. La mise en scène de Claudio Cupellini en revanche est bien plus humaine, reposant beaucoup sur le jeu des acteurs, naturaliste. Dans Une Vie tranquille des êtres testent leur propres limites, font appel à un instinct de survie encore humain, alors que dans Les Conséquences de l’amour le protagoniste n’est déjà plus qu’un corps vide, une présence creuse.

Voilà comment deux films qu’une simple liste d’ingrédients semblait rapprocher, se révèlent être incroyablement différents, preuve rassurante de l’incroyable diversité des sensibilité et imaginations.

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