Initiation à la coulrophobie

par silenceonmange

Balada Triste, Alex de la Iglesia (2011)

Balada Triste est un film très personnel dans lequel Alex de la Iglesia se livre beaucoup, malgré le fantasque, l’absurde, le style si peu réaliste. Il s’agit d’un magnifique pot-pourri cauchemardé de l’imagerie de l’Espagne franquiste des années 70. Avec une image sublimement léchée, Alex de la Iglesia crée un tourbillon d’images toutes tirées de son enfance : télévision, cirque, attentats, symboles religieux. Tout se confond en un cauchemars beaux et affreux pour raconter l’histoire de deux clowns, Javier le clown triste (Carlos Areces) et Sergio le clown Auguste (Antonio De La Torre) qui se disputent l’amour de la belle acrobate, Natalia ( Carolina Bang).

L’esthétique de Balada Triste est absolument irréprochable, tout simplement sublime. La mise en lumière, le rythme, la musique, tout s’accorde pour créer un univers entre beauté, violence et étrangeté. Là où le film pêche un peu, c’est dans le scénario. Une première partie réussie et efficace laisse place à une fin un peu laborieuse et répétitive, où les personnages avancent péniblement et où la violence devient difficilement soutenable. La descente en enfer – peut-on parler de descente quand le film débute en enfer ? – s’accélère brutalement, nous plongeant encore plus profondément dans l’absurde et la folie.

En fait, le spectateur un peu perdu doit accepter d’être porté par la violence, renonçant à comprendre les motivations des personnages devenus des êtres brutaux et enragés. Si la raison ou les passions (amour, jalousie, vengeance) étaient le moteur du film au début, progressivement la violence prend le dessus, entraînant toujours plus de violence. Les personnages deviennent des allégories des maux de l’Espagne franquiste, marionnettes dégénérées sans aucune voix d’issue. On sent une forte volonté d’exorciser le souvenir difficile de cette sombre époque. Balada Triste est donc une expérience cinématographique marquante, par moments difficile, mais incontournable.

Sortie le 22 juin

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