Gianni di Gregorio uncovered

par silenceonmange

A force d’annoncer partout la mort du cinéma italien certains risquent de rater sa résurrection. Et la comédie italienne est bel et bien de retour, ne vous y trompez pas, en la personne de Gianni di Gregorio, entres autres. Arrivé tardivement à la réalisation, Gianni di Gregorio a longtemps été scénariste, et pas toujours de films rigolo puisqu’il a participé à l’écriture de Gomorra de Matteo Garrone. Son premier film en revanche est bel et bien une comédie : il sort en 2009 Le Déjeuner du 15 août, fiction autobiographique dans lequel il jouait un fils unique s’occupant tant bien que mal de sa mère et qui se retrouve à babysitter plusieurs vieilles femmes pendant que tout le monde est à la place pour le 15 août. Cette comédie qui renoue avec la tradition de la comédie à l’italienne avait su séduire public et critique, succès inattendu, surtout pour le réalisateur lui-même.

 De retour pour nous jouer des mauvais tours, Gianni di Gregorio sort son deuxième film Gianni et les femmes, dans lequel on retrouve Gianni-personnage et sa terrible mère. Vous trouverez ma critique du film sur Toutlecine.com, je vous propose de découvrir ici l’interview haute en couleur du réalisateur.

Gianni et les femmes est à déguster accompagné d’une parmigiana di melanzane, recette certes pas romaine mais présente dans le film et surtout délicieuse, en particulier quand faite par ma maman. (Mais pour ça il faut aller chez Aprile, 4, ruelle de la Boucherie à Nice)(Oui, je fais de la pub pour la famille, et alors?)

✻ ✻ ✻

Tu as commencé par faire du théâtre et il paraît que c’est le film Mean Streets de Martin Scorsese qui t’a donné envie de passer au cinéma, c’est vrai?

C’est vrai oui, parce que j’ai commencé par faire une école de théâtre assez importante à Rome, c’était l’école d’ Alessandro Fersen, un metteur en scène d’origine polonaise, et là j’ai étudié la mise en scène et le travail d’acteur. Puis pendant 3 ou 4 ans j’ai travaillé au théâtre. Un soir, à Milan, j’étais allé au cinéma dans l’après-midi, parce que le soir il fallait être au théâtre à 20h, et y avait Mean Streets, et pour être à l’heure je devais perdre la fin! Il manquait un quart d’heure, ce n’était pas possible! Alors tant pis, pour une fois j’arriverais en retard, et j’ai payé l’amende, parce qu’y avait une amende, très forte, pour les retardataires. Mais je me suis dit tant pis, je serai en retard. Et depuis ce jour-là j’ai pensé que moi le théâtre… c’était bien mais moi je devais faire du cinéma. Le film m’avait vraiment bouleversé, parce qu’il allait vraiment dans la réalité, de façon si profonde, cette manière de raconter ces histoires si proches du vrai, un cinéma différent en somme, ça m’a vraiment ému. Donc à partir de là j’ai commencé à faire l’assistant-réalisateur, le scénariste, à travailler au cinéma, depuis ça.

C’est marrant parce qu’on a du mal à retrouver l’influence de Scorcese dans tes films!

(rires) Non, en effet, c’est vrai! Disons que j’aime beaucoup le cinéma épique, dramatique, même le cinéma social. Mais après dans mes films je fais toujours dans la comédie, sur des thèmes très petits, intimes, j’aime aussi parler des gens ordinaires, de l’homme quelconque, mais d’une toute autre façon. J’aime beaucoup le sens comique, je l’ai vraiment en moi, parce qu’au fond c’est une technique de défense contre la peine, les difficultés, tout de suite je me mets à rire. C’est arrivé que je travaille sur des films très sérieux, comme Gomorra, mais même quand j’écris avec les autres j’ai toujours des choses qui font rires qui me viennent, puis les autres les coupent, d’abord ils rient, puis ils me disent « non, on peut pas mettre ça quand même » (rires). C’est vraiment un réflexe, même dans les scènes dramatiques, de mettre toujours un éléments de dissonance comique, ça vient sûrement de mon éducation, je suis fils unique d’une famille très traditionnelle, très formelle, donc ma façon de me défendre était de rire de tout, même à l’école on me mettait dehors parce que je riais tout le temps.

Utiliser le rire pour parler de thèmes sinon tabous, voire censurés, fait justement partie de la tradition de la grande comédie à l’italienne, c’est un héritage dans lequel tu te reconnais ?

Oui, je m’y reconnais, tu as raison, parce que là on parlait de choses même très sérieuses, de thématiques sociales, en riant, le rire est vraiment un moyen. Je crois que vraiment certains sujets ne peuvent être affrontés qu’avec une certaine ironie, parce que sinon on risque une certaine pesanteur. Donc oui, la comédie à l’italienne m’a formé, beaucoup, il y a des films magnifiques que je regarde encore, beaucoup même. Et maintenant ils ont à mon sens encore plus d’importance, par rapport à ce qu’on fait aujourd’hui, parce que dans ce genre de comédie on creusait, alors que maintenant on fait une comédie très télévisuelle, je ne sais pas comment la définir, où on ne dit pas grand chose. J’espère qu’en Italie, à force de travail, on revienne un peu à ce genre là.

C’est vrai que malgré un renouveau du cinéma italien ces dernières années, il n’y a toujours pas beaucoup de comédies, tu penses que ça va venir?

Écoute, des comédies il y en a, mais je crois qu’elles ne vont pas assez en profondeur, si on creusait plus ça pourrait renaître je crois. On devrait avoir le courage en Italie de nous regarder en face, de rire de nous-mêmes, c’est ça qui manque. Parce que la comédie à l’italienne, elle pouvait être sans pitié, mais y avait une humanité, c’était l’Italie qui se racontait, avec son désespoir, sa misère, mais c’était un regard authentique, plein de compassion, d’amour. Maintenant il manque cette auto-ironie, on fait des comédies mais elles ressemblent à de la télé. On devrait avoir le courage de nous re-moquer de nous-mêmes et de dire nos propres misères parce qu’au fond c’était ça la comédie, la misère mais en riant comme des fous. Mais bon, il y a pas mal de grands succès public, donc les gens vont de nouveau au cinéma et c’est toujours un bon début, et puis la tendance est d’éviter la vulgarité qui était trop présente, les gens ne vont plus voir ces films vulgaires qui ont monopolisé l’Italie pendant des années, tant mieux.

Pour revenir maintenant au début de ta carrière, après avoir fait la transition du théâtre au cinéma tu as mis longtemps avant de passer derrière la caméra pour réaliser ton premier film, Le Déjeuner du 15 août, pourquoi?

Eh bien, disons que je suis assez timide de nature. Pendant longtemps j’ai été assistant, et puis à un moment j’ai préféré carrément être derrière la table, c’est une défense ça aussi, tu sais quand t’écris tu es protégé par une table. Puis en 2000 j’ai connu Matteo Garrone (réalisateur de Gomorra, ndlr) et on a commencé une collaboration sur le plateau de tournage, je suis redevenu un peu celui que j’étais plus jeune, l’ouvrier, celui qui finalement fait un peu tout sur le plateau. Et ça, ça m’a à nouveau immergé vraiment dans l’envie de faire, plus seulement d’écrire mais de réaliser. Donc j’y ai mis longtemps, oui, j’ai réalisé mon premier film à 58 ans, t’imagines! Mais au moment où je le faisais, toutes les expériences anciennes ont conflué, tout ce que j’avais fait m’a aidé, j’ai compris qu’on ne jette rien. Je me suis senti comme si je le faisais depuis des années, très étrange. Ça a été très beau pour moi, surtout que ce premier film quand je l’ai écrit je ne pensais pas le réaliser moi-même, je l’écrivais pour le vendre. Mais je l’ai fait lire et par chance personne n’en a voulu! (rires) Moi je disais « Mais c’est drôle, tu sais! » et tout le monde me répondait « Mais tu es fou, cette histoire avec ces quatre vieilles nonagénaires… J’en veux pas! ». Même mes amis réalisateurs, personne n’en voulait. J’étais prêt à tout, j’aurais accepté un prix misérable, personne n’en voulait. Jusqu’au jour où j’en ai eu marre et j’ai décidé de le faire moi-même parce que je n’avais pas envie de jeter le projet. Quelle chance quand même, ça a changé ma vie!

Et alors d’où est venue cette curieuse idée d’écrire un film sur ces petites vieilles?

Alors ça c’est très, très autobiographique. Parce que ma mère dans ses 10-12 dernières années était veuve, je suis fils unique, et en Italie il y a cette relation mère-fils très méditerranéenne… dont j’ai été victime. Parce que j’avais une famille, une femme, deux filles, mais ma mère voulait que je sois tout le temps chez elle, je devais vivre là-bas, alors j’étais tout le temps divisé, je faisais des allers-retours. Et je suis resté avec elle pendant des années, et je la voyais avec toutes ses copines, je m’amusais beaucoup de tout ce qu’elles faisaient, et le film est né là, du monde de ces vieilles dames pleines de vie, même à 80, 85, 90 ans. Une vraie leçon de vie, elles riaient, s’amusaient comme des folles, contrairement aux hommes, plus tristes, alors que les femmes ont quelque chose de vital. Donc j’ai eu l’idée de cette histoire délirante, mais ça naît vraiment de l’autobiographie, je ne pouvais pas ne pas faire un film sur cette vitalité extraordinaire.

 

Mais donc le projet est venu sur le coup ou plus tard en repensant à cette expérience?

En fait c’est une chose bizarre, pendant que je le vivais, un peu je m’amusais, mais c’était aussi très pesant, j’étais très déprimé, je buvais aussi, pendant que je faisais mon devoir de fils. Puis, avec un peu de recul, j’ai écrit des pages, qui étaient plutôt de la prose en fait, de défoulements. Pour moi c’était terrible, plein de douleur, de souffrance, je m’étais vraiment défoulé, et c’était cinquante petites pages. Je les ai faites lire à un ami psychanalyste. Et il m’a dit : « C’était à mourir de rire! » (rires) Et là j’ai eu le déclic, ce film je devais le faire volontairement comique, comme ça j’aurais peut-être le courage. Donc ça c’est passé comme ça, une maturation et puis ça… Mais sur le coup j’étais vexé quand il m’a dit ça! J’avais honte, de la culpabilité de tous les côtés, je ne l’aurais jamais fait lire, par pudeur. Puis à partir de ça je me suis libéré et j’ai un peu fait la paix avec cette figure maternelle avec ce film. Puis disons que toutes ces années où je me suis consacré à elle étaient un peu douloureux mais elle m’a repayé en quelque sorte avec une carrière cinématographique, je ne peux plus rien dire! (rires)

La femme qui joue ta mère dans les deux films, l’incroyable Valeria de Franciscis, comment tu l’as rencontrée?

Cette dame, 95 ans aujourd’hui, est fantastique je dois dire. C’était une amie de famille et en fait elle ressemble beaucoup à ma mère niveau caractère, quand je l’ai connue je me suis dit que si je faisais le film il fallait que je la prenne elle. Parce qu’après seulement quelques minutes elle me traitait exactement comme ma mère, tu sais ces choses gentilles mais qui t’asservissent : « Vu que tu es debout, tu peux… ». Alors j’ai compris que ça devait être elle, puis elle une verve… D’ailleurs dans le deuxième film, j’avais écrit un petit rôle pour la mère, puis pendant le tournage cette figure maternelle est devenue encore plus grande, et plus méchante aussi, elle ressemble encore plus à ma mère comme ça ! (rires)

L’idée de ce deuxième film Gianni et les femmes est venue comment, elle?

Celle-ci en revanche n’a pas été murie longtemps, elle m’est venue ces derniers mois, de la constatation que à cet âge les femmes ne te regardent plus, tu peux faire n’importe quoi, tu peux te mettre le feu, ou plutôt : tu devrais te mettre le feu pour te faire remarquer ! (rires) J’avais déjà remarqué ça et après le succès du premier film j’ai vu que peu importe la célébrité, après un certain âge on ne te regarde plus comme quand tu étais jeune, et c’est juste comme ça. Mais cette chose normale est une souffrance terrible ! Et je voyais mes amis, certains l’avouent, d’autres font semblant de rien, mais je voyais bien la panique chez eux et chez moi. Et donc encore une fois le film a été une sorte d’exorcisme, je me suis dit « voyons si en riant dessus cette chose terrible s’en va », et non, ça ne part pas, au contraire je crois que ça a empiré après le film ! (rires) J’aimais aussi me moquer de ceux de mon âge qui cherchent à draguer des jeunes filles, ça me fait toujours beaucoup rire. J’aimais aussi parler de ça, du fait qu’il faut toujours aimer, toujours tomber amoureux mais en faisant les comptes avec la réalité! C’était ça l’idée. Et je dois dire que le film plaît plus aux femmes. Parce que les hommes sont là « ah non, moi je ne suis pas comme ça », mais pourquoi, tu as soixante ans comme moi, non? Les hommes se sentent touchés alors que les femmes s’amusent beaucoup et ça me plaît parce que c’était un peu ce que je voulais, il y a de la critique ironique. Parce que le mâle italien est surtout une créature mythique, dans la réalité ils sont bien plus sensibles que ce qu’on veut faire croire depuis des années. Donc j’avais envie de dire l’amour pour les femmes, en général, sans la conquête, mais comme tu peux aimer je sais pas, la lumière du soleil, c’est-à-dire quelque chose qui tiens en vie aussi.

Après le succès du premier film, est-ce que tu ressentais un peu d’appréhension pour ce deuxième film?

Oui, énormément, beaucoup d’appréhension et de peur. Peur parce que je sentais que j’avais une certaine responsabilité. Et l’autre film avait été si bien accueilli… Puis les films tu les comprends toujours après, en parlant avec les critiques, la presse, le public, j’ai compris que tu comprends ton film après coup. Parce que d’abord, quand tu écris le scénario tu crois savoir, sur le tournage il arrive de tout, tu es trop occupé et tu n’as pas la moindre idée. Puis y a période un peu comme ça, avec le montage et tout… Puis une fois que le film est parti, qu’il s’est détaché, en parlant avec les gens, ils te l’expliquent et c’est très beau. Et ça, ça augmentait la peur, la responsabilité. J’ai réussi à trouver le courage à mon avis parce que je sentais vraiment le film, si ç’avait été quelque chose de plus construit je ne l’aurais pas fait, mais là je sentais qu’il y avait quelque chose à dire, d’urgent même, c’est pourquoi j’ai trouvé le courage de le faire, mais j’avais très peur.

Justement à propos de réception du film, comment tu prends le fait que Berlusconi et le Rubygate sont souvent évoqués pour parler du film qui est perçu comme une opposition à cette représentation de la femme berlusconienne ?

C’est vrai que sur le moment je n’y pensais pas du tout, surtout que le scandale a éclaté après l’écriture, mais après j’ai été content. Parce qu’au moins on voit qu’il y a une toute autre façon de regarder les femmes, d’aimer les femmes, de penser aux femmes en Italie, qu’il n’y pas que la sienne. E finalement j’étais satisfait, parce que je me suis dit « tu vois, au moins tu arrives à un moment où il y a une distinction énorme à faire » et j’espère que la majorité des gens sont comme moi et pas comme lui ! Je pense que c’est vraiment un cas à part, presque pathologique, ça m’a fait plaisir de parler de la normalité. J’espère qu’avec ce film je donne voix à tous ceux qui ont une vie normale.

Pourquoi avoir choisi de jouer toi-même le rôle de Gianni ?

C’est encore une histoire bizarre. Pour le premier film j’avais un budget vraiment ridicule, 500 000 euros. J’avais l’histoire, j’avais tout : je n’avais pas l’acteur. Déjà un acteur peut te demander même 300 000 euros, donc, bon, voilà, après je le filmais avec quoi? Donc j’étais plutôt inquiet, j’ai cherché partout, j’ai même demandé à des amis, aucun n’étaient vraiment emballé. Et là c’est Matteo Garrone qui m’a dit « fais-le toi, l’histoire c’est la tienne, c’est toi qui a viré à demi alcoolique au bar d’en bas, fais-le toi. » Et là j’ai eu un instant de panique mais je n’ai pas eu vraiment le temps de m’inquiéter, d’y penser, il m’aurait suffit d’une ou deux semaines et j’aurais commencé à douter mais là c’était genre le vendredi pour le lundi, il fallait commencer le tournage tout de suite et alors je l’ai fait moi-même. Et heureusement que j’avais fait cette école de théâtre, là encore confluait l’expérience d’acteur, même si je ne l’avais jamais vraiment été, à part quelques petits trucs pour les amis mais je n’avais pas cette… Tu sais pour être acteur il faut aussi s’aimer alors que moi tous les matins quand je me vois dans la glace je me dis « mais regardez-moi ce crétin! » (rires) Mais étant obligé de le faire, je l’ai fait, simplement, et puis ça a marché, aussi parce qu’avec Valeria on a cette relation si naturelle.

Pour le deuxième film ça m’a carrément été demandé, on m’a dit il faut que tu le fasses toi. Moi au contraire j’espérais qu’il prenne quelqu’un… Parce que pour moi c’est plus tranquille de diriger, c’est une fête, mais faire l’acteur c’est très fatigant. Et donc cette fois ils me l’ont demandé et je l’ai fait mais mon rêve c’est dans un autre film de me libérer un peu de moi. Mais je ne sais pas encore si je vais pouvoir le faire, ou si je dois faire un troisième film comme ça et puis après peut-être… Parce que j’aimerais faire une toute autre histoire, ça me plairait bien, quelque chose de moins viscéral. Je dois y réfléchir encore. Même si je crois que dans ce personnage écrasé par le pouvoir, le pouvoir maternel, dont j’aime penser qu’il représente le pouvoir en général, je crois qu’il y a encore de la matière à creuser, mais je ne voudrais pas me répéter, c’est délicat. Si j’ai une idée qui me semble nécessaire à exprimer il se peut que je fasse un troisième film comme ça, c’est probable même, mais si je ne suis pas sûr d’avoir suffisamment de matière, je ne le ferai pas.

Et avec les autres acteurs comment tu travailles ?

J’utilise un jeu très naturel, un peu celui qu’on essayait de faire dans cette école, c’est-à-dire d’enlever tout ce qu’il y a de formel, de construit, et d’aller toujours au plus près du réel, qui est en fait la méthode classique de Stanislavski, qui intériorise la fonction de l’acteur. Et donc disons qu’en étant très naturel au final avec eux je crois que je les mets à l’aise, je les empêche au fond de jouer. Je dis toujours qu’il faut oublier la caméra qui bouge, j’aime beaucoup que la caméra soit en mouvement, même si on décide un cadrage fixe je dis aux acteurs « si tu veux te lever, lève-toi, on te suivra ». L’important c’est le sens de la scène, les paroles n’ont pas vraiment d’importance pour moi, ce qui dit par un scénariste est un comble! (rires) Mais je le pense vraiment. En plus avec les vieilles dames ça n’aurait pas vraiment été possible de se tenir au texte! (rires) Et donc je fais tout le temps comme ça, la caméra suit. Je me souviens sur le premier film y avait une scène dans laquelle deux dames parlaient, on les filmait, elles étaient dans la petite cuisine, puis elles sont parties, en parlant, c’était superbe. Et alors tout le monde voulait couper et moi j’ai dit « non, on attend, si ça se trouve elles vont revenir ». L’équipe s’impatientait, la pellicule tournait… Et elles sont revenues, en papotant, c’était incroyable, et alors, tu vois? Je les aide à être le plus naturel possible ce qui plaît beaucoup aux acteurs parce qu’ils n’ont pas l’angoisse du texte… C’est comme les castings, je n’en fais jamais, ça énerve tout le monde, surtout les producteurs… Parce que quelqu’un qui fait un essai écrit, ça ne peut pas lui réussir, ces quatre lignes, qu’est-ce qu’il en sait le pauvre? Pour moi un casting c’est une discussion, je cherche à comprendre comment est la personne et parfois j’adapte le personnage pendant le tournage, si je vois que cette personne a des particularités intéressantes alors je cherche tout de suite à les lui voler. Et je dois dire que quand ça marche ça donne vraiment quelque chose d’authentique.

Quel effet ça fait de voir que des films aussi personnels et intimes sont distribués dans le monde entier, sont sélectionnés à Berlin ?

C’est vraiment beau, de temps en temps quand j’ai des moments où je me sens un peu couci-couça je pense à ça, je me dis « mais tu te rends compte, tu fais un film sur maman et… » C’est vraiment quelque chose qui me procure une joie profonde, c’est la plus belle chose. Parce qu’au fond la vie que je mène n’a été bouleversée sous aucun point de vue, mais cette satisfaction profonde c’est le vrai changement, cet apaisement. J’ai passé tant d’années depuis que je suis jeune à essayer de faire du cinéma, de raconter, et finalement c’est possible. D’ailleurs je le dis tout le temps, surtout aux jeunes, ça peut arriver, si tu t’y mets, ce que tu désires, ça arrive. C’était beau parce que j’ai vu beaucoup de gens de mon âge me dire mais alors moi je peux faire quelque chose. Pour moi c’était très important, y a pas d’âge limite, si tu veux faire, tu peux faire même à cent ans. Donc, oui, c’est important, une joie profonde, mais je ne sais pas si j’ai encore bien compris. Mon plus grand bonheur c’est d’entendre le public rire, c’est la vraie émotion, le reste c’est du boulot, mais ça c’est un cadeau, c’est comme… Je ne saurais pas t’expliquer. Je n’arrive pas à me dire « bravo, tu l’a mérité », j’ai toujours l’impression qu’y a quelque chose derrière, peut-être votre Sainte Geneviève. Je crois que je n’ai pas encore tout à fait compris! (rires)

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publicités