Un corbeau passe…

par silenceonmange

Des Filles en noir, Jean-Paul Civeyrac (2010)

Les films sur l’adolescence se suivent et ne se ressemblent pas. Parfois réussis, parfois pas, toujours en recherche de douceur poétique, ils ne sont pas tous capables de représenter sans clichés la souffrance adolescente. Des Filles en noir fait partie de ceux qui ont su, sans lourdeur ni moquerie, raconter l’amitié entre deux jeunes filles en marge, leur spleen et leur douleur.

Le film

« Des filles en noir », des ongles noirs, des vêtements noirs, des idées noires, du romantisme noir… Voilà les ingrédients principaux du film de Jean-Paul Civeyrac. Dit comme ça, le film fait un peu peur, c’est sûr. Difficile quand on parle d’adolescence dépressive et de tentatives de suicides de ne pas sombrer dans une noirceur pesante et peu digeste. Mais ici ce n’est guère le cas. Les deux protagonistes, Noémie (Elise Lhomeau) et Priscilla (Léa Tissier), sont très justes, touchantes. L’origine de leur mal-être n’est pas définie précisément – mais peut-on jamais trouver les causes exactes d’un mal-être ? L’échec des institutions (école, hôpital, police, parents – les pères sont totalement invisibles), l’absence de perspectives d’avenir un tant soit peu engageantes, la petitesse d’une vie de province, le manque d’absolu : du sociologique au philosophique, le film joue avec une vaste palette de motivations, jamais assénées mais toujours effleurées rapidement, avec délicatesse.

L’envie de mourir est ici présentée comme une force vitale, un feu ravageur qui anime les jeunes filles et les consume. Elle n’est pas un renoncement mais une ascension vers un absolu si convoité. Noémie et Priscilla ont su créer une forme d’amitié et une compréhension parfaite et totale, ce qui ne signifie pas qu’elles soient l’une le double de l’autre. Leur caractère sont même très différents, Noémie est très froide et impassible alors que Priscilla est plus irascible, elle crie, pleure, fait des crises terribles, parfois sans raison. Pourtant un lien très fort les unit, rares sont les plans qui les sépare, le plus souvent si elles sont ensembles, elles sont l’une contre l’autre, se confondent l’une dans l’autre à l’image. Des Filles en noir est autant un film sur l’amitié que sur l’adolescence ou sur le suicide des jeunes, un film très riche donc et surtout très beau.

Le DVD

Un seul bonus vidéo dans le DVD, mais, une fois n’est pas coutume, la qualité compense la quantité. C’est donc court-métrage réalisé par Jean-Paul Civeyrac pour le webzine Blow up diffusé sur Arte.tv, Louise, le dimanche, qui est proposé. On y voit une jeune femme se préparer, accomplissant des gestes quotidiens, s’habillant, se coiffant, alors qu’une voix nous lit des articles de journaux datant du 30 décembre 1895, au lendemain de la première projection de cinéma de l’histoire au Salon Indien du Grand Café. A travers ces articles émerveillés, on redécouvre la magie du cinéma, qui permet aux personnes filmées d’accéder à l’éternité. Un petit objet cinématographique qui fait joliment écho au désir d’absolu des protagonistes des Filles en noir.

On trouvera également un petit livret contenant un article tiré des Inrocks du 3 novembre 2010 écrit par Serge Kaganski, un autre du Trafic n°77 du printemps 2011, rédigé par Jacques Bontemps, ainsi qu’un entretien du réalisateur avec l’écrivain Yannick Haenel. Tous ces textes permettent d’approfondir considérablement l’expérience du film et sont des bonus précieux.

DVD disponible le 5 avril chez Les Films Pelleas

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