Vers la mort et au delà

par silenceonmange

Au delà (Hereafter), Clint Eastwood (2011)

Nos amis anglosaxons nous recommandent de ne pas juger un livre par sa couverture (don’t judge a book by its cover). On peut facilement en déduire qu’il ne faut pas juger un film par son affiche. Surtout quand on connaît un peu le fonctionnement de l’industrie du film et qu’on sait que le réalisateur n’a aucune influence ni sur la bande-annonce ni sur l’affiche de son film.  Plus facile à dire qu’à faire. Surtout quand l’affiche est aussi ratée que celle du dernier film de Clint « Le bon » Eastwood, Au delà (Hereafter).  L’ésotérisme  et l’idée d’une vie après la mort sont des sujets qui ont légèrement tendance à faire fuir l’esprit rationaliste et sceptique qu’est le mien, l’affiche laissant en plus entendre que le film n’allait pas faire dans la dentelle,  ce n’est pas dans une très bonne  disposition que j‘ai mis les pieds dans une salle plus que comble.

Le film commence bien avec une entrée en quasi media res dans le fameux tsunami thaïlandais de 2004 auquel la journaliste française Marie Lelay (sic) interprétée par Cécile de France survit miraculeusement. La scène, bien qu’un peu trop numérique, est très prenante.  Rentrée en France, son petit ami et patron lui conseille de prendre un congé de son émission sur France 2 pour se reposer et écrire un livre d’investigation sur Mitterrand (François, pas Frédéric). Pendant ce temps à San Francisco George (Matt Damon) a pris sa retraite de son activité de medium et s’est reconverti dans le prolétariat solitaire et Marcus, jeune londonien à mère droguée, ne parvient pas à faire le deuil de son frère jumeau.

Trois histoires très (trop ?) simples qui avancent en parallèle et malheureusement se rejoignent à la toute fin. Alors que l’on se serait contenté d’histoires simples sur la proximité avec la mort, le final un peu trop hollywoodien dans le mauvais sens du terme introduit la notion de destin dont ce récit s’accommode mal. Cependant le coup de foudre soudain et peu crédible entre Matt Damon et Cécile de France n’est pas le seul problème du film qui évite mal la niaiserie, dans le fond comme dans la forme.

La représentation de l’au delà manque de légèreté et d’originalité et on peut se demander si un choix de ne pas représenter le monde des morts et de s’appuyer plus sur le jeu des acteurs pour suggérer les visions n’aurait pas été plus judicieux que celui de ces silhouettes lumineuses. Il faut néanmoins reconnaître qu’ainsi le film va interroger les limites du représentable et du cinéma ce qui n’aurait pas été le cas autrement. La description faite par le médecin suisse auquel Cécile de France rend visite est bien plus efficace que l’image pour restituer les sensations de l’au delà. Aveu d’impuissance ou simple maladresse ?

La maladresse on la retrouve dans d’autres images du film, certains plans sont un peu gauche, un peu lourde : le nounours de la petite fille que Cécile de France a cherché de sauver flottant au dessus de l’actrice laissant échapper le bracelet qu’elle vient d’acheter alors que la vie la quitte, le baiser rêvé entre Matt Damon et Cécile de France qui ne se réalise finalement pas (pour le moment) en sont deux exemples. Mais Clint n’étant pas Jo le Rigolo, la réalisation est dans l’ensemble bien maîtrisée, surtout dans les scènes un peu comiques et néanmoins touchantes qui mettent en scène le petit Marcus allant de charlatan en charlatan à la recherche de quelqu’un qui puisse lui rendre son frère, sans succès jusqu’à sa rencontre avec Matt Damon.  Les scènes des cours de cuisine italienne mettant en scène Matt Damon aux prises avec une charmante jeune femme sont aussi très jolies  et drôles, dommage que tout le film n’ait pas la même saveur.

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