Qui a peur du président ?

par silenceonmange

Draquila – L’Italie qui tremble, Sabina Guzzanti (2010)

Mais que diable se passe-t-il chez nos voisins transalpins ? C’est la question perpétuellement répétée depuis le milieu des années 90 depuis qu’un riche homme d’affaire, ayant mystérieusement fait fortune dans l’immobilier, est devenu l’homme le plus puissant d’Italie en étant élu pour la première fois Président du Conseil. Depuis, il ne disparaissait que très momentanément que pour mieux resurgir de la nuit tel un Cavaliere sans peur et sans reproche pour sauver l’Italie courant à sa perte.

Depuis longtemps le français a compris que l’italien devait avoir mangé trop de mozzarella empoisonnée, parce qu’il lui semblait évident qu’un tel personnage n’était pas un homme politique digne de confiance. Mais, au-delà des célèbres gaffes à sensation, la dernière en date sous-entendait qu’il valait mieux détourner des mineurs que d’être homosexuel, surtout pour gouverner, le français a du mal à mettre le doigt sur ce qui se magouille en Italie, surtout depuis que la presse libre est devenue le fantôme des médias passés italiens. Il a arrêté d’y penser, et l’italien aussi.

Sabina Guzzanti, qui avait déjà raconté comment sa carrière sur la Rai avait été brutalement anéantie à cause de ses positions anti-berlusconiennes dans Viva Zapatero (2005), revient avec un documentaire sur le tremblement de terre de L’Aquila et surtout sur la façon dont il a été utilisé par Berlusconi pour étendre son pouvoir et jeter encore plus d’argent dans les portefeuilles des ses amis et alliés.

Non seulement son travail d’investigation est admirable, mais elle sait le livrer de façon claire mais non simpliste et accessible à tous. En remontant par moment jusqu’aux sources du mal, l’origine supposée mafieuse de l’argent avec lequel Berlusconi a construit sa fortune immobilière, et en explorant toutes les ramifications des magouilles rendues totalement légales grâce à des pirouettes législatives, la réalisatrice peint un tableau bien sombre et très alarmant du règne Berlusconi qui dépasse largement le « simple fait » de détenir et manipuler l’ensemble des médias italiens. On perçoit clairement un projet de possession totale des biens et des esprits italiens de la part du Président du Conseil.

Ce qui est très bien maîtrisé dans le film, c’est l’alternance entre les hautes sphères du pouvoir, leur manipulations et la vie des “vrais” gens, le concret. Sabina Guzzanti fait des allers-retours constants, montrant bien que ce qui semble totalement déconnecté du simple citoyen a en fait des répercussions majeures sur sa vie, pour arriver à démontrer que finalement les vies des victimes de L’Aquila ont été sciemment sacrifiées au projet immobilier de Berlusconi. L’humour et le second degré des images renforcent le propos à tel point que l’on sort bouleversé, choqué, outré, et surtout inquiet. Une invitation à faire carrément gaffe à son bulletin de vote.

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