J’ai faim.

par silenceonmange

Les petits ruisseaux, Pascal Rabaté (2010)

On ne se souvient pas de tous nos repas. A moins d’avoir une mémoire extraordinaire, on a plutôt même tendance à ne souvenir que des repas extra-ordinaires. Ces fois où l’on s’est mis à table par gourmandise, ou pour fêter quelque chose, face à un menu pensé à l’avance, élaboré avec soin, dont le but n’est pas de nourrir, mais de réjouir. Anniversaires, mariages, Noël, voilà les repas dont on se souvient. Mais les autres, ceux de tous les jours, ceux que l’on consomme parce que la nourriture est notre carburant, on ne les mange pas moins. De même, au cinéma, on n’y va pas toujours voir ce film que l’on attend depuis longtemps, dont on a repéré la bande-annonce, dont on connaît le réalisateur. Et on ne va pas toujours au cinéma pour fêter quelque chose, printemps du cinéma ou rendez-vous galant. On peut aller au cinéma comme l’on mange notre carburant quotidien, par besoin d’aller au cinéma plus que par envie de voir un film précis.

C’est dans cet état d’esprit que je suis allée voir Les petits ruisseaux. J’arrive devant le cinéma comme on ouvre le frigo à 13h02. Affamée. Après avoir examinée toutes les boîtes de conserves douteuses, les œufs aux dates de péremption floues, je me suis décidée à prendre un ticket pour ce film-là, sans conviction. Et il a rempli son rôle : me nourrir, ni plus, ni moins. Le film de Pascal Rabaté, n’est pas désagréable mais pas passionnant non plus. Il passe sans problème et on l’oublie une fois sorti. Les images sont jolies, les dialogues drôles, pourtant rien qui accroche vraiment. Et arrivés aux ¾, c’est même un peu longuet. Le départ de Daniel Prévost arrive trop tard pour faire du film un récit initiatique, trop tôt pour nous laisser avec une fin ouverte, qui bien que souvent décriée est en fait souvent bien utile pour rattraper un film un peu bancal. Mais non, le film continue, imperturbable, jusqu’au happy end programmatique. Pas de surprise, pas de suspens. Le vieux trouve sa vieille, qui n’est bien sûr pas celle que l’on croyait, après un séjour quelque peu perturbant chez la jeunesse perdue de Corrèze. Et au fond, pourquoi une jeune donzelle ne serait pas submergée de désir pour le corps de Daniel Prévost ? Pascal Rabaté est assez courageux pour suggérer une relation charnelle entre les deux, trop timoré pour s’y attarder.

La première partie ayant pris trop de temps, l’histoire d’amour passe en accéléré jusqu’à la fin du film qui nous laisse rassasiés, sans plus. On en redemande pas, on se retourne pas pour réfléchir. La fin, c’est la fin, ciao, bonsoir.

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