La commedia dello spaghetto di mezzanotte

par silenceonmange

Straziami, ma di baci saziami (Fais-moi très mal, mais couvre-moi de baisers), Dino Risi (1969)

Après la mort de Furio Scarpelli, co-scénariste de la plupart des meilleures comédies à l’italienne avec Agenore Incrocci, le 28 avril dernier et après le remake du film de Dino Risi par Pascal Thomas, un petit article-recette-hommage s’imposait.
Tout d’abord, si vous ne connaissez pas la comédie à l’italienne, genre qui fit la gloire de la péninsule dans les années 50 à 70, je vous conseille vivement de vous y mettre en commençant par Le Pigeon (I Soliti ignoti) de Mario Monicelli (1958) et en terminant par Affreux, sales et méchants (Brutti, sporchi e cattivi) de Ettore Scola (1976). En passant bien sûr par Fais-moi très mal, mais couvre-moi de baisers.
La plus grande qualité de ces comédies italiennes, c’est leur côté subversif, leur capacité à tourner en dérision les moeurs d’un pays tiraillé entre modernité et tradition. Dans Fais-moi très mal, mais couvre-moi de baisers, le couple formé par Pamela Tiffin et Nino Manfredi cultive une vision extrêmement romantique et périmée de l’amour qui se cogne continuellement à la réalité. La lecture de poésie et Le docteur Jivago ne les préparent pas à affronter les médisances ou la séparation. Leurs solutions sont toujours dramatiques et romanesques et n’aboutissent pas. Lorsque le père de Marisa (Pamela Tiffin) s’oppose catégoriquement à leur mariage, les deux amoureux décident de commettre l’insano gesto (le geste malheureux : le suicide) en se couchant en tenue de mariés sur des rails. Le train parvient à s’arrêter à temps, ce qui suffit à les décourager.
Ponctuellement, le film se moque de plusieurs thèmes d’actualité : le refus de l’Eglise de parler de la pilule contraceptive, la psychanalyse de comptoir délirante (c’est justement dans un café que l’employé de Telefono amico —équivalent de ce que sera plus tard S.O.S. détresse amitié dans Le Père Noël est une ordure— explique à Marino (Nino Manfredi) que Marisa est le fruit de son imagination.). Sans oublier l’éternelle tragédie de la comédie à l’italienne : l’impossibilité de divorce qui est toujours la cause de moultes plans machiavéliques.


En souvenir de cette tradition comique italienne, qui a pris un sacré coup dans l’ère berlusconnienne, je vous propose une recette non moins traditionnelle, dont les origines remontent si loin qu’à peu près toutes les régions au sud de la Toscane en réclament la paternité sans qu’on puisse les départager. Il s’agit des spaghetti aglio, olio e peperoncino, c’est-à-dire à l’ail, à l’huile et au piment. La première fois que j’ai vu l’extrait, il m’a semblé que c’était ceux que Ugo Tognazzi préparait dans la scène du déjeuner alors qu’en réalité il fait des pâtes à la tomate. Ce qui n’est pas une raison suffisante pour vous priver de cette délicieuse et simple recette, très pratique quand on n’a plus rien à la maison ou pour un ptit creux en pleine nuit.

Spaghetti aglio, olio e peperoncino

Pour un personnage affamé :

100g de spaghetti

1 gousse d’ail

du piment rouge, frais ou sec

un peu de persil

huile d’olive

Mettre à cuire les spaghetti dans de l’eau bouillante salée.

Couper l’ail en deux, le piment en petits morceaux si vous utilisez du piment frais, l’émietter si il est sec.

Frotter l’ail contre le fond d’une poêle très large (vous devez pouvoir y faire revenir les pâtes), y verser de l’huile. Mettre à chauffer en tenant la poêle soulevée de sorte que toute l’huile se retrouve du même côté. Mettre l’ail coupé dans l’huile, il doit être complètement immergé. En gardant la poêle soulevée, faire colorer l’ail. Quand l’huile commence à frémir, ajouter le piment. Retirer du feu quand l’ail est bien doré.

Après les avoir égouttés, verser les spaghetti dans la poêle. Ajouter le persil et laisser cuire quelques instants, bien mélanger, ajouter de l’huile si nécessaire et servir.

Désolée pour les amateurs, ce plat fait partie de ceux que l’on mange sans parmesan, ni aucun autre fromage d’ailleurs.

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