L’art délicat de la traduction

par silenceonmange

Ensemble nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour, Pascal Thomas (2010)

Ingrédients :

Deux acteurs masculins mûrs et goûteux

Une grosse poignée de folklore

Du soleil en grande quantité (en réserver pour l’accent du protagoniste)

Dans la plupart des arts, lorsque l’on imite ou que l’on copie une œuvre préexistante on appelle ça du plagiat et c’est non seulement mal vu mais puni par la loi. Au cinéma, lorsqu’un réalisateur imite ou copie un film préexistant, on appelle ça un remake et personne ne s’offusque. Les américains en ont fait un sport qu’ils pratiquent à longueur de journées, reprenant parfois plan par plan des films (souvent) européens à succès. Le réalisateur de l’œuvre originelle est même plutôt flatté, c’est alors la preuve d’un succès indéniable du film (on pense au projet de remake de Bienvenue chez les Ch’tis). J’ai toujours eu mes doutes quand au principe du remake, mais gardant l’esprit ouvert je suis allée voir Ensemble nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour, pourtant remake d’une comédie italienne et à l’italienne de  Dino Risi, Straziami ma di baci saziami (Fais-moi mal, mais couvre-moi de baisers, 1969) que mes sources à l’œil affuté avaient reconnu dès la bande-annonce du film de Pascal Thomas.

N’ayant pas vu personnellement le film de Dino Risi, je ne saurais évaluer ce qui dans le remake de Pascal Thomas relève de la citation, du pastiche, de la parodie ou tout simplement du copié-collé. Ce qui est sûr, c’est que le but a été de faire une comédie à l’italienne en français, en France, dans un cadre temporel plus que flou. C’est vrai que la comédie à l’italienne, qui a connu son heure de gloire dans les années 60-70, repose beaucoup sur des spécificités culturelles telles que les accents, les mœurs et coutumes d’une Italie toujours traditionnaliste et religieuse. Certains de ces éléments trouvent leur traduction parfaite, le film s’ouvre en effet sur un festival de danses folklorique et l’accent de Julien Doré est aussi fort que pouvait l’être celui des acteurs italiens de l’époque, la première partie du film se déroule dans un village du Sud, où les qu’en-dira-t-on ont régentent la vie des habitants, quelque soit l’époque. Jusque là, pas de problème. Lorsque Nicolas (Julien Doré) quitte Dorothée (Marina Hands) pour une histoire de coucherie pas très claire, on accepte. Lorsqu’ils décident de tuer le mari de Marina Hands plutôt que de demander le divorce, alors que tout le monde vit désormais à Paris où on pourrait attendre des mœurs plus libres, on se dit « pourquoi pas ? ». Mais, à un moment, très bref, Pascal Thomas commet une faute si grave, si énorme et pourtant invisible pour un œil non entraîné, que l’on se dit qu’il n’a finalement rien retenu de la comédie à l’italienne.

Mais quelle est donc cette faute si grave ? Rien qu’en l’évoquant mes yeux se mouillent d’émotion. Ce qui trahit la francité ce ne sont pas les cartes postales parisiennes, non. Petit résumé de la situation : Dorothée, quittée par Nicolas, s’est mariée avec Hubert (Guillaume Gallienne) tailleur sourd-muet. Nicolas vient de retrouver la trace de Dorothée et se fait inviter à déjeuner par Hubert pour embêter cette dernière. Et qu’est-ce qu’il fait à manger Hubert ? Des pâtes ! Il cuit donc les pâtes, les égoutte… Les met dans un saladier et verse la sauce par-dessus ! C’est avec cette scène presque malsaine que l’on se souvient que l’on en est en train de voir une simple contrefaçon de comédie à l’italienne, la déception est énorme. Vous ne comprenez pas ? C’est que vous n’avez jamais cuisiné les pâtes comme il faut, diantre ! On finit la cuisson des pâtes dans la sauce, elles en gagnent en saveur et ça fait toute la différence ! On se rend compte à ce moment que tout le film repose sur ce principe : essayer d’utiliser des procédés italiens qui s’adaptent finalement mal à leur nouveau contexte. Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans ce film, quelque chose qui coince et qui trouve son illustration dans cette anecdote des pâtes. Pourtant les acteurs sont étonnamment bons, surtout Julien Doré qui est une véritable révélation. Guillaume Gallienne, quant à lui, était peut être le seul acteur français à pouvoir succéder à Ugo Tognazzi. Mais à eux seuls ils ne parviennent pas à tenir un film dont les pieds sont bancals. La prochaine fois on mangera de la ratatouille.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publicités