Oedipe, où es-tu?

par silenceonmange

Les invités de mon père, Anne Le Ny (2010)

Ingrédients :
Une famille entre bobos et nouveaux riches
Un canon venu de l’Est
Un dialoguiste plutôt doué

S’il y a une chose que la société de consommation d’après-guerre a fait de bien pour nous, à part la démocratisation du lave-linge, c’est la laïcisation des fêtes religieuses. Grâce à Coca Cola, le vieux monsieur aux pouvoirs magiques qui dirige le monde est devenu beaucoup plus sympathique et il apporte des cadeaux à tout le monde, même aux non-croyants/pratiquants. De même, ce dimanche nous pourrons tous nous gaver de chocolat de mauvaise qualité sans avoir eu besoin d’aller à l’église et encore moins de faire carême.

Ce qui est encore mieux que le chocolat à Pâques, c’est la surprise qu’il contient. Bien sûr à moins d’avoir de quoi s’offrir un oeuf de luxe (avec surprise de luxe, donc, essayez de suivre un peu) la surprise est d’encore plus mauvaise qualité que le chocolat dans lequel elle est cachée. Je vous propose alors d’investir cette année dans un oeuf tout à fait différent : le surprenant film d’Anne Le Ny, Les invités de mon père.

Le début du film est très efficace, l’intrigue se met en place rapidement : Lucien (Michel Aumont), père et grand-père de famille, modèle de civisme au passé glorieux (engagement dans la Résistance, ancien faiseur d’anges) décide d’accueillir et surtout de cacher des immigrés menacés d’expulsion. Les réactions autour de lui sont variées, plutôt bienveillantes, souvent pleines de préjugés. Un repas dominical est organisé chez le fils de Lucien, Arnaud (Fabrice Lucchini), toute la famille est présente : la soeur d’Arnaud, Babette (Karin Viard), son compagnon (Olivier Rabourdin), la femme d’Arnaud (Valérie Benguigui) et leur deux enfants. Tout ce beau monde attend donc “les invités”, s’attendant grosso modo à une famille de sénégalais avec “une foultitude d’enfants”. Or, c’est avec une sublime moldave (Veronika Novak) et sa fille que Lucien arrive. Lorsqu’il annonce leur mariage blanc, la dimension sociale du film disparaît presque entièrement et le film se recentre sur son vrai sujet : les relations et conflits familiaux.

Alors que l’on pouvait s’attendre à une version tragicomique de Welcome (Philippe Lioret, 2009), Les invités de mon père nous surprend en se concentrant sur des thèmes bien plus intimistes, l’amour, les relations frère-soeur, père-enfants. Le problème central du film tourne autour de la question : comment se construire avec une figure paternelle aussi imposante ? Karin Viard et Fabrice Lucchini incarnent les deux extrêmes : l’adhésion totale ou le rejet catégorique. A partir de là, comment se réconcilier avec ceux qui ont choisi un chemin si différent ? L’arrivée des “invitées” est alors reléguée au rang d’élément perturbateur du semblant d’équilibre familial que les Paumelle avait trouvé.

La vraie surprise dans l’oeuf de Pâques n’est pas seulement le virage pris par le film, c’est surtout l’interprétation de Fabrice Lucchini et Karin Viard qui, une fois n’est pas coutume, sont bluffants et très drôles dans leurs rôles d’avocat des affaires et de médecin travaillant dans un dispensaire. Leur couple fonctionne un plat de steack-frites. Les dialogues sont très drôles, bien interprétés, touchants parfois, efficaces toujours. Ce film tout en subtilité et demi-teintes est un vrai petit bijoux que vous ne trouverez pas dans n’importe quel oeuf, en chocolat ou pas.

Suggestion du chef : Pour changer des oeufs Kinder, La Grande Epicerie propose une séléction d’oeufs et chocolats originaux et rigolos. Leur sélection de Pâques comprend également des colombe, sorte de “panettone de Pâques” italien que je vous recommande tout spécialement !

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