Ce matin, un lapin…

par silenceonmange

Alice au pays des merveilles, Tim Burton (2010)

Ingrédients :

Disney
Johnny Depp et Helena Bonham Carter
Une quantité de maquillage à faire pâlir n’importe quelle production de Frankenstein
Une technologie à la mode : ici la 3D

J’ai comparé le biopic à un cornet de frites en parlant de Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar. Le même phénomène se produit avec une adaptation du classique de Lewis Caroll réalisée par Tim Burton. Je reprend donc : un film de Tim Burton, c’est comme un cornet de frites, on a beau avoir été déçus par Sweeney Todd, on a beau se méfier de la qualité des ingrédients choisis pour la préparation de ce nouvel opus des aventures de Johnny Depp et Helena Bonham Carter au pays du Burton, on a beau mépriser la 3D (quoi, y a que moi ?), et ben on ne peut pas s’empêcher d’y aller. Je ne vais pas m’étendre sur cette mode de la 3D qui rappelle plus le passage du resto italien au sushi que celui du noir et blanc à la couleur : le procédé, pas révolutionnaire pour un clou de girofle, au lieu d’élargir l’offre ne fait que la réduire et ceux qui pensent que les places de cinéma sont suffisamment chères pour pas avoir à payer 3 euros de plus pour des lunettes moches (et qu’on doit rendre à la sortie !) le savent. Mais j’avais dit que je n’allais pas m’étendre. (Quoi, vous m’avez crue ?)

Le film en lui-même relève plus de la frite de fast food que de l’accompagnement de burger revisité par nos chefs de Top Chef. Une impression de déjà mangé domine… Ah oui, le dessin animé. L’univers est sensiblement le même, Tim Burton semble avoir laissé ses épices à l’entrée des studios Disney, interdiction d’apporter sa touche personnelle. Il faut dire que le battage médiatique dont le film a été victime a vite fait de faire retomber le soufflé. Des mois que chaque nouvelle photo de tournage, chaque nouvelle pré-pré-bande annonce fait quatre fois le tour du monde à la vitesse de lumière, ruinant d’avance ce que les costumes, le maquillage ou les décors pouvaient avoir de surprenant. On nous a trop laissé le temps de s’habituer au grotesque et il en devenu fade. Que reste-t-il dans nos assiettes ? Le scénario ? Maladroit, lourd, le personnage du père et toute la première scène étaient totalement inutiles, si ce n’est pour créer une dimension œdipienne qui n’apporte aucune saveur (admiration pour un père, original incompris, mépris sans compassion pour une mère coincée dans son corset, on nous a déjà servi ça quelque part). Obnubilé par le Chapelier (Johnny Depp) et la reine de Cœurs (Helena Bonham Carter), le film en oublie les autres personnages, Alice (Mia Wasikowska) comprise. Finalement, ce qui manque dans ce film, c’est la légèreté que Tim Burton avait su introduire dans son univers glauque et macabre. Au contraire, il s’enfonce de plus en plus dans la noirceur et le pessimisme, à tel point que même l’apparition de la reine Blanche (Anne Hattaway) ne parvient pas à illuminer l’assiette. Pensez à un plat de spaghetti à l’encre de seiche : ça a l’air triste et sérieux parce que tout est tout noir. Pourtant, rien de plus drôle que de s’en mettre partout et rien que pour ça c’est un de mes plats préférés. Autre défaut qui, à en croire les fiches Allociné des films sortis récemment domine la production de films à lunettes, pour profiter pleinement des effets du 3D, et tant pis pour ceux qui choisissent la 2D, le film dure et dure et ne finit jamais : normal, certaines scènes ne visent que l’effet spécial. En voilà une frite qui n’en finit pas !

Finalement, on voit bien que ce Alice au pays des Merveilles est un film de commande des studios Disney souhaitant surfer sur la vague 3D sans prendre de risque. On peut comprendre que Burton a des factures à payer comme tout le monde, mais il est temps qu’il se ressaisisse et reprenne le contrôle de sa cuisine. Au troisième plat brûlé, on quitte le resto!


Suggestion du chef : Plutôt que de dépenser une fortune en lunettes 3D, organisons une grande excursion au plat pays et assouvissons notre envie avec un vrai bon cornet de frites et n’en parlons plus!

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publicités