Dis-moi ce que tu cuisines…

par silenceonmange

Desperate Housewives, Marc Cherry (2004-présent)

Souvenez-vous, nous en sommes en septembre 2005, le phénomène Desperate Housewives a déjà submergé les Etats-Unis et arrive sur nos télés pour nous dévoiler les secrets de la vie des femmes au foyer des banlieues américaines. Le pilote a choqué parce qu’à peine une minute après le début Mary Alice (Brenda Strong) qui semble être la protagoniste, cette dernière se suicide, de plus ce suicide sous-entend qu’une femme au foyer peut ne pas être comblée. L’idée que nos mères et nos femmes qui s’occupent de nous amoureusement sont malheureuses est lancée brutalement dès les premiers instants de la série.

Bien que Mary Alice ne quitte pas la série, les vraies protagonistes sont ses voisines et amies, toutes mères au foyer comme elle. Elles nous sont toutes présentées dans une même scène lors de l’enterrement, mais chacune séparément dans quatre portraits qui se suivent. Ce qui relit ces portraits c’est, inévitablement, la cuisine. Dans une identité aussi étroite que celle de housewife, la cuisine est le seul lieu où la personnalité de chacune peut s’exprimer. D’autant plus qu’elles assistent à un événement très codifié où le comportement est encore plus réglementé que dans leur vie quotidienne. Forcées par les conventions à amener un plat cuisiné avec amour pour la famille et les proches endeuillés, les choix des quatre housewives sont significatifs. Chaque plat permet une ouverture sur le passé ou le présent de la femme qui l’a cuisiné.

La première est Lynette (Felicity Huffman), l’ancienne dirigeante, maintenant mère de quatre enfants (notez l’incompatibilité : ces deux situations ne sauraient coexister sans créer des problèmes, comme  le prouveront les saisons successives). Elle apporte un plat de fried chicken, de cuisses de poulet frites, un plat assez encombrant, qu’elle porte tant bien que mal d’une main, tenant une poussette de l’autre, surveillant ses trois aînés : elle est surchargée, son mari n’est pas là, ne serait-ce que pour la débarrasser du plat. Le poulet est un plat familial, elle a d’ailleurs hérité la recette de sa famille, un plat qui plaît aux enfants, ce qui est important quand on en a quatre encore très jeunes. Mais sa recette ne lui sert plus à grand-chose, elle a dû acheter du poulet tout prêt par manque de temps, honte suprême pour une mère au foyer qui n’a rien d’autre à faire que de s’occuper de sa famille ce qui signifie surtout faire la cuisine.

Avec Gabrielle (Eva Longoria), la musique passe à des rythmes plus latino. Elle a préparé une paella épicée, symbole de son caractère bien trempé, symbole aussi de son potentiel érotique : Gabrielle en latino-américaine qui se respecte est hot et ses plats les sont aussi.  C’est peut être pourquoi son mari la suit de si près. Ancienne mannequin, elle se comporte en parfaite diva en le faisant attendre dehors pendant qu’elle finit de se préparer, puis en lui refilant le plat de paella dès qu’elle arrive près de lui. Les mains libres, elle peut marcher voire parader tranquillement tout en se disputant. Les apparences ne doivent rien laisser transparaître, les épices dans la paella sont alors comme un exutoire pour sa colère. La rage à laquelle elle ne peut décemment pas laisser libre cours se retrouve dans ses plats si épicés.

Bree (Marcia Cross) fait une entrée en scène radicalement différente : on ne la voit pas sortir de chez elle et marcher pour aller chez Mary Alice comme les autres filles. Elle apparaît sur le palier, sur fond de musique plus « classique », sa famille derrière elle, comme un portrait de la parfaite famille américaine, un panier de muffins décoré de fleurs séchées dans chaque main. Elle a non seulement prévu à manger pour les invités mais aussi pour le veuf et l’orphelin, on sait bien que deux hommes seuls sont capables de se laisser mourir de faim par incapacité physique de s’approcher d’un fourneau. Elle est la seule qu’on voit présenter ses condoléances à la famille : tout ceci n’est qu’apparat puisqu’elle ajoute immédiatement qu’elle veut récupérer les paniers au plus vite. On devine qu’elle fait toujours ce qu’on attend d’elle, ou du moins ce qu’elle croit qu’on attend d’elle.

Susan (Teri Hatcher), enfin, le personnage supposément le plus attachant de la série (mais en réalité le plus énervant). Seule divorcée du groupe, elle est celle qui est le plus à côté de son rôle de femme de foyer. Déjà le fait d’être divorcée est un échec en soi, mais en plus elle ne sait pas cuisiner. Elle apporte un mac and cheese, des macaronis au fromage, censés être le plat le plus simple de la cuisine américaine, et pourtant elle ne le réussit jamais, comme le faisait si bien remarquer son mari. Le récit de ses échecs culinaires accompagne le récit de son échec amoureux. Un lien ? Ce n’est pas dit explicitement mais on se doute bien que le parallèle n’est pas innocent.

Bien entendu la série a pour but de jouer avec les clichés de la femme au foyer, de rire des stéréotypes, et il semble bien que le premier auquel Marc Cherry, le créateur, entend s’attaquer, c’est la relation entre une femme et sa cuisine. En réalité, après cet incipit, la cuisine ne joue pas un rôle prédominant dans la série mais fournit régulièrement des ressorts dramatiques et des lieux de conflits. Sans être centrale, la cuisine est tout même un élément fondamental de Desperate Housewives.

Suggestion du chef : je sais que comme moi vous avez bavé en voyant les paniers remplis à ras bord de muffins de Bree. Je vous propose cette recette qui ne m’a pas été soufflée par Bree mais qui est très bonne aussi. Si vous êtes des puristes, je vous renvoies à ce livre.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publicités