La pizza de Wagner

par silenceonmange

L’Arbre et la forêt, Olivier Ducastel et Jacques Martineau (2010)

Ingrédients :
Une Walkyrie
Cinquante ans de secret
Une incontournable histoire d’homosexualité

Toute famille digne de ce nom se doit d’avoir un secret, un mythe fondateur. Par exemple, du côté de ma mère toute la famille est à la recherche de la recette des pizzelle (sorte de « beignet de pizza délicieux) de Zia Isa. Je n’ai jamais compris, et je crois que personne ne le sait vraiment, si cette tante est morte sans laisser sa recette, si elle a laissé la recette mais personne n’arrive à l’égaler ou si (plus vicieux et donc mon hypothèse préférée) elle a laissé une recette volontairement incomplète afin d’entretenir le mythe. En tout cas, le fait est que le fantôme de ses pizzelle, « les meilleurs au monde », plane sur bien des repas de famille car aucune tante, aussi bonne cuisinière soit-elle, n’a jamais réussi à les égaler. Plus on est jeune, plus elles prennent une dimension fantastique, les adultes font le récit de pizzelle que l’on n’a jamais pu goûter parce que l’on est trop jeune. Celles qu’on a dans notre assiette nous semblent tout à fait exquises mais il semble qu’il en a existé des bien meilleures, avant même notre naissance.

Dans L’arbre et la forêt, il n’est pas du tout question de pizzelle, ni même de secret culinaire, mais le secret est néanmoins intrigant. Le film s’ouvre sur un conflit, plus animé encore qu’une querelle gastronomique. Le récit tourne autour de plusieurs évènements qui se sont tous produits avant le début du film : la mort du fils de Frédérick (Guy Marchand), élément déclencheur de la crise familiale suite à l’absence de Frédérick à l’enterrement, plus lointain, l’emprisonnement de ce dernier dans un camp allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le spectateur n’arrive que trop tard, les évènements se sont déjà produits, il y a plus ou moins longtemps, il est donc à la merci de ce que les personnages veulent bien dévoiler. Or, dans cette famille de la petite bourgeoisie provinciale, comme on ne dit plus, on n’est pas prêts à dévoiler grand-chose. La présence des arbres n’est pas anodine : leur silence doit servir d’exemple quand toute la famille s’accorde sur le fait d’ignorer le comportement de Frédérick. Le choc causé par la confession de Frédérick est alors encore plus retentissant : la famille n’est pas prête à entendre après toute vie de silence.

Il est difficile de parler longuement d’un film construit autour d’un secret. Il faut manier chaque propos avec délicatesse de peur de révéler le secret. Je m’arrête donc ici avant de faire retomber le soufflé, en conseillant vivement ce film qui est aussi bon qu’une pizzella de zia Isa. (Comment ça je ne les ai jamais personnellement goûtées ?)

Suggestion du chef : Je ne peux quand même pas vous donner la recette des pizzelle, c’est un secret de famille.

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