L’élégance du couturier

par silenceonmange

A single man, Tom Ford (2010)

Ingrédients :
Une horloge
Une poignée de jeunes éphèbes
Un grand amour

Lorsque l’on franchit le seuil d’une pâtisserie Pierre Hermé, un champ de macarons de toutes les couleurs s’étend sous nos yeux ébahis. Chacun est en moment de bonheur, une extase en soi. Ensemble, ils forment une palette dans laquelle il est difficile de choisir. Le même genre de palette que Tom Ford utilise dans A single man. Chaque moment est délicat, simple et délicieux, la luminosité varie, presque insensiblement pour parcourir tout le spectre de couleur. Le styliste cherche les couleurs plus étranges, les plus saturées, que le gris de l’ordinaire fait ressortir, comme un macaron à la framboise, coloré artificiellement, se détache de ses camarades au chocolat, dont la couleur banale n’empêche pas le goût d’être exceptionnel.

Quand on a la chance d’avoir entre les mains un macaron de Pierre Hermé, on n’en fait pas une bouchée, bien au contraire. On le savoure, lentement, on fait durer. Le ralenti est une des figures les plus présentes dans A single man, ce film qui respecte l’unité de temps aristotélicienne, le prend, son temps. Le tic tac de l’horloge fonctionne comme un métronome, insiste sur le temps qui passe et incite alors à en profiter. Les moments de perfection sont si rares et éphémères, les saisir est impossible et pourtant c’est la seule chose que l’on peut faire, surtout lorsqu’on naît un artiste.

Les passages d’un milieu artistique à l’autre sont un des fondements du cinéma qui va chercher ses stars partout où il peut les trouver. A ses débuts, les réalisateurs venaient forcément d’autres arts, puisqu’ils étaient les premiers, les acteurs venaient forcément d’abord du théâtre. Le temps passe, et l’habitude reste, mais les passerelles restent surtout entre le cinéma et la musique, dans un sens ou dans l’autre. Les écrivains ou les acteurs passent parfois derrière la caméra. Mais, à ma connaissance, Tom Ford est le seul styliste à avoir fait du cinéma. Dans A single man, Tom Ford nous confirme, si tant est qu’il y ait eu besoin de confirmation à un moment, qu’il sait (re)connaitre le beau. Tout dans le film est affaire de beau, tout est esthétique, les acteurs, les paysages, l’architecture, la musique, les costumes, bien sûr. Le protagoniste guide le spectateur et lui montre, pointe directement du doigt, la beauté qui s’illumine sous son regard, comme cette secrétaire d’université dont les lèvres virent au rouge. On pense encore une fois à Pierre Hermé, à la haute pâtisserie en général, où la recherche du beau prime presque sur la recherche du bon, l’un provocant l’autre. Le film est bon parce que il est beau, ou est-il beau parce qu’il est bon ?

Suggestion du chef : Mon seul conseil en sortant de la salle serait de vous ruer dans une des boutiques Pierre Hermé de Paris (ou de Tokyo).

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