Metropolis, jour 1 : Fritz est mon ami

by silenceonmange

L’évènement ciné de la rentrée, malgré tout le bien que je pense de notre ami Ryan (Gosling), c’est sans doute la ressortie en salle du monument Metropolis, doublée d’une expo à la Cinémathèque Française consacrée à ce chef-d’œuvre de Fritz Lang. L’occasion de se pencher sur ce réalisateur fascinant, qui a eu plus d’une vie et plus d’une carrière, et sur ce film qui a marqué à jamais l’histoire du cinéma. Je vous propose aujourd’hui une petite bio du réalisateur. C’est parti mon kiki !

Les grands réalisateurs, comme tous les grands artistes, ont souvent des vies rocambolesques, mystérieuses. Surtout, ils racontent souvent les plus belles histoires à propos d’eux-mêmes. Dans la catégorie grand menteur, Fritz Lang est plutôt pas mal classé, sa biographie est pleine de zones d’ombres et il en serait autrement qu’on en bien serait déçu.

Cet autrichien né en 1890 fait partie de cette extraordinaire génération de metteurs en scène qui ont découvert le cinéma à ses balbutiements et ont participé à le créer. D’abord peintre, il s’installe à Paris, comme tous les peintres au début du XXème siècle, et il s’y découvre une passion pour le cinématographe. Il s’engage dans l’armée allemande pendant la Première Guerre Mondiale, son fameux monocle viendrait de là. En 1918 il est démobilisé et engagé comme scénariste à Berlin. Il y rencontre sa première femme, Elisabeth Rosenthal, qui meurt d’un coup de pistolet après avoir découvert Fritz avec sa maîtresse et coscénariste Théa Von Arbou. Le déroulement exact n’a jamais été clairement défini, l’enquête reste sans suite, après que Fritz Lang a été un moment suspecté, ce qui le marque vivement et l’amène à cultiver le thème du faux-coupable dans de nombreux films.

Ses débuts en tant que réalisateur sont un franc succès, ses films muets marchent bien, sa collaboration avec Théa aussi, qu’il l’épouse en 1922, tant qu’à faire. Rapidement, il devient un des réalisateurs allemands et européens les plus importants. En 25, il s’attèle à l’adaptation de Metropolis, un projet pharaonique dont le coût lui vaudra une sale réputation de grand dépensier. Ses projets suivants sont pour la plupart auto-produit, on n’est jamais aussi bien servis que par soi-même.

Théa Von Arbou a pendant ce temps rejoint le parti nazi et insuffle un air de nationalisme dans les scénarios de Fritz Lang, qui, lui, reste apolitique. M, le maudit et Le Testament du Dr Mabuse s’attirent néanmoins les foudres du tout jeune régime qui y voit un discours  anti-nazi, ce que le cinéaste revendiquera bien volontiers par la suite. Pourtant, Goebbels, ministre de la propagande, aurait convoqué Fritz Lang pour lui proposer la direction du département de cinéma. Poli comme tout, ce dernier aurait refusé en faisant remarquer que sa mère était juive, ce à quoi notre cher Goebbels aurait rétorqué, réplique qui a probablement été inventée par Lang lui-même mais qui est tellement géniale qu’on a envie d’y croire : « M. Lang, c’est nous qui décidons qui est aryen. ». Ni une, ni deux, Fritz se casse illico presto pour la France, puis les Etats-Unis, qui, pas bêtes, récupéraient tous les meilleurs réalisateurs européens de l’époque.

Après des débuts hollywoodiens un peu difficiles, Fritz Lang s’habitue au mode de production américain et réalise plusieurs succès avant de se lancer dans plusieurs films anti-nazis, participant ainsi à la campagne pro-engagement américain dans laquelle Hollywood était majoritairement engagé. Après la guerre, il se spécialise dans les mélodrames, les films noirs et à suspens, toujours fortement influencés par la psychanalyse et par l’esthétique expressionniste. La récurrence de certains thèmes et de certaines formes lui vaut d’être élevé au rang d’auteur par les jeunes têtes de turcs des Cahiers, Fritz rejoint ainsi le panthéon du cinéphile français de l’après-guerre. A ce sujet je ne peux trop vous recommander l’entretien entre J-L Godard et Fritz Lang, « Le dinosaure et le bébé » :

Il rentre finalement en Allemagne à la fin des années 50 où il signe trois films (Le Tigre du Bengale, Le Tombeau Hindou et Le Diabolique Dr Mabuse) avant sa mort en 1976.

Filmographie très sélective et personnelle : 

Docteur Mabuse, le joueur (1922)

Metropolis (1927)

M, le maudit (19331) (si il faut n’en voir qu’un, voici le gagnant)(c’est pas moi qui l’ait dit, c’est Fritz)(mais je suis d’accord)

Le testament du Docteur Mabuse (1933)

Furie (1936)

Les bourreaux meurent aussi (1943 – scénario de Bertolt Brecht)

La femme au portrait (1944)

La Rue Rouge (1945)

Rancho Notorious (1951)

Le Tombeau Hindou (1959)